Le Secret le Mieux Gardé de Meknès : La Prison Souterraine de Qara

Prison de Qara :

Quand on visite Meknès, on admire la porte Bab Mansour et le Mausolée. Mais sous vos pieds, à quelques mètres de profondeur, se cache l’un des plus grands mystères du Maroc : Habs Qara (La Prison de Qara).

Légende urbaine ou réalité historique ? On raconte que ce labyrinthe souterrain pouvait contenir 40 000 prisonniers et qu’il s’étendait jusqu’à Taza… Voici la véritable histoire.

L’Architecte de l’Ombre : Qui était Qara ?

Contrairement à ce qu’on pense, « Qara » n’est pas juste un nom de lieu. C’était le nom d’un architecte prisonnier (un Portugais selon certaines sources) à qui le Sultan Moulay Ismaïl (17ème siècle) aurait fait une promesse : « Construis-moi une prison d’où personne ne peut s’échapper, et je te rendrai ta liberté. »

Il a donc conçu ce dédale souterrain, sans portes ni barreaux, mais dont la complexité rendait toute fuite impossible.

Pourquoi « Qara » ?

L’origine du nom Il existe une seconde théorie sur le nom. Certains historiens affirment que « Qara » viendrait du mot turc ou persan signifiant « Noir » ou « Souterrain sombre ». D’autres maintiennent la version de l’architecte portugais « Cara » (visage ou chauve). Quoi qu’il en soit, le nom résonne aujourd’hui comme synonyme d’obscurité éternelle pour ceux qui y entraient.

Un Labyrinthe Sans Fin ?

La légende dit que les galeries de la prison s’étendent sur des centaines de kilomètres, reliant Meknès à Volubilis ou même Taza. La Réalité : Bien que gigantesque, la prison que l’on visite aujourd’hui est composée de trois vastes salles voûtées. C’était surtout un immense silo à grains et un entrepôt pour nourrir l’armée impériale (la Garde Noire). Mais sa fonction carcérale pour les prisonniers chrétiens et les opposants politiques est bien réelle.

La Légende du « Mur des Disparus »

L’histoire la plus effrayante raconte qu’il existe une section « maudite » de la prison, murée par les autorités françaises pendant le protectorat. Pourquoi ? Parce que plusieurs explorateurs et géomètres y seraient entrés pour cartographier les lieux… et ne seraient jamais ressortis.

Aujourd’hui encore, certaines galeries restent inaccessibles, alimentant les rumeurs de Djinns et de malédictions.

Pourquoi Moulay Ismaïl a-t-il construit La Prison de Qara ?

Moulay Ismaïl est le « Louis XIV marocain ». Il voulait faire de Meknès la plus belle ville d’Afrique. Pour cela, il avait besoin d’une main-d’œuvre colossale. La prison servait à loger les captifs de guerre et les esclaves qui construisaient les murailles de la ville le jour, et dormaient sous terre la nuit.

Comment Visiter la Prison de Qara aujourd’hui ?

Si vous passez par Meknès, la visite est incontournable (et très abordable, environ 10-20 DH).

  • L’ambiance : Il y fait frais, sombre, et l’atmosphère est lourde d’histoire.
  • Le conseil : Prenez un guide officiel à l’entrée. Sans explications, ce ne sont que des murs. Avec un guide, c’est un voyage dans le temps.
  • Localisation : Juste à côté du Pavillon des Ambassadeurs (Koubba El Khayatine), proche du Mausolée.

L’Architecture Invisible : Une Prouesse Technique

Ce qui fascine les architectes modernes dans la Prison de Qara, ce n’est pas seulement sa taille, c’est son ingéniosité. Comment construire un espace souterrain aussi vaste sans qu’il ne s’effondre sous le poids de la ville au-dessus ?

Les piliers de la terre La prison repose sur un système de piliers massifs et d’arches voûtées qui répartissent la charge de manière équilibrée. Cette technique permettait de soutenir les énormes structures construites en surface par Moulay Ismaïl, comme le Pavillon des Ambassadeurs. Plus impressionnant encore : la circulation de l’air. Malgré la profondeur et l’absence de fenêtres, l’air n’y est jamais totalement vicié. Les ingénieurs de l’époque avaient conçu un système de cheminées d’aération invisibles depuis la surface, permettant de renouveler l’oxygène pour les milliers de captifs et de chevaux stockés là.

Les Fantômes de Moulay Ismaïl : Mythes et Rumeurs

Si les murs pouvaient parler, ils hurleraient probablement. La prison de Qara est l’un des lieux les plus chargés en « énergie » du Maroc, et les gardiens actuels ont tous des histoires à raconter.

Le « Trou des Oubliés » Au centre de certaines salles, on peut apercevoir des ouvertures au plafond. C’était, dit-on, la seule entrée et sortie pour les prisonniers les plus dangereux. On les descendait par ces trous, et ils ne revoyaient jamais la lumière du jour. La nourriture leur était jetée par ces mêmes orifices. Cette image terrifiante a nourri l’imaginaire local : on disait que ceux qui tombaient dans les profondeurs de Qara devenaient fous en quelques semaines à cause de l’obscurité totale et du silence pesant.

La malédiction des explorateurs français L’histoire la plus tenace remonte à l’époque du Protectorat français (1912-1956). On raconte qu’une équipe de topographes français aurait tenté de dresser un plan complet du souterrain. Ils se seraient aventurés loin, très loin dans les galeries non éclairées… et ne seraient jamais revenus. C’est suite à cet incident présumé que les autorités auraient décidé de murer les accès aux galeries les plus profondes, ne laissant visitable que la partie « sûre » que nous connaissons aujourd’hui. Vrai ou faux ? Personne n’a osé casser les murs pour vérifier.

Meknès vs Versailles : La Folie des Grandeurs

Pour comprendre Qara, il faut comprendre l’homme qui l’a commandée. Moulay Ismaïl était un contemporain de Louis XIV (le Roi Soleil en France). Les deux monarques entretenaient une correspondance et une rivalité distante.

Moulay Ismaïl voulait que Meknès surpasse Versailles. Il a dépouillé le palais El Badi de Marrakech de son marbre pour embellir sa nouvelle capitale. La Prison de Qara était la « salle des machines » de ce projet pharaonique. C’est là qu’étaient stockés les matériaux, les vivres, et la main-d’œuvre servile nécessaire pour construire les 40 kilomètres de murailles de la ville. Qara n’était pas juste une prison, c’était le ventre logistique d’un empire en construction.

Conclusion : L’Ombre sous la Lumière Impériale

Visiter Meknès sans descendre dans la prison de Qara, c’est comme lire un livre en sautant les chapitres les plus sombres. C’est passer à côté de l’âme complexe de la cité ismaélienne.

Ce lieu nous rappelle brutalement que la grandeur impériale du Maroc ne s’est pas bâtie uniquement sur la beauté des zelliges, mais aussi sur une puissance militaire et logistique redoutable. Qara est le « yang » sombre du « yin » solaire de la porte Bab Mansour.

Aujourd’hui, le silence qui règne sous ces voûtes est lourd de sens. En remontant à la surface, ébloui par le soleil de la place Lalla Aouda, vous ne regarderez plus jamais les murailles de la ville de la même façon. Vous saurez désormais quels secrets elles protègent sous vos pieds.

Alors, une question se pose : aurez-vous le courage de vous aventurer là où la lumière n’osait pas entrer ?

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